Ma Choupette…

Petite chienne maltraitée et abandonnée,

petite chienne recueillie et choyée…

11 ans de partage de vie…

premier appart, premières vacances, mariage, première maison,

Petite chienne peureuse mais pleine de vitalité…

Un amour pour les enfants: des jeux de balle à n’en plus finir, des jeux de “docteur”, “d’habillage…”

Que de souvenirs !!

Petite chienne câline et facile,

s’adapte à toute situation, aux différents chats ou chiens de la maison…

Aboyant avec le téléphone, tétant son nounours des heures durant, allant piquer les fraises dans le jardin sur les fraisiers…

Nos ballades chaque jour…

Toutes ces petites choses vont me manquer, vont nous manquer…

Car toute la famille a le cœur gros, très gros…

Notre Choupette s’en est allée….

Publié dans: on juillet 5, 2008 at 6:42 Commentaires (14)

Tendre la main : histoire d’une rencontre…

…HALLUCINANT…

Un samedi matin comme les autres… du soleil, les filles jouent dans le jardin, et je m’affaire au grand ménage profitant de ce grand calme…

Pas pour longtemps…: ma grande m’appelle: “maman, il y a une dame à la grille”… je sors, et effectivement, une dame me demande si c’est moi l’assistante sociale… une africaine, enceinte jusqu’aux yeux, l’air fatigué et effrayé.

J’aurai du lui dire: ” non “, je ne suis pas AS, je suis maman en week-end en train de nettoyer ma maison, pieds et mains dans l’eau…

Mais non, je lui dis d’entrer, et de me raconter… Elle sort de chez son médecin, qui lui a dit qu’une AS habitait dans le fond du village… il lui a fait un certificat médical car elle s’est fait battre par son mari cette nuit. Effectivement, je vois des traces de sang…

Son voisin l’a amené à 2 heures du matin en gendarmerie, et la gendarmerie, devant son refus de plainte, l’a emmené dans un Foyer d’hébergement.

Maintenant elle est là, à pied, déposée et laissée chez son médecin, à 20 km du foyer, sans papiers, sans argent avec des habits tachés de sang….

…..J’hallucine !!!

Je vais réveiller mon mari qui n’a dormi que quelques heures, et je lui laisse les filles pour m’occuper de cette jeune femme: S… en France depuis 10 mois, marié à cet homme depuis 14 mois, de 30 ans son ainé, enceinte de 7 mois, maman d’un petit garçon de 4 ans, encore au Cameroun…

Première étape, je l’emmène à la gendarmerie, afin de nous faire accompagner pour aller chez elle chercher ses papiers et des vêtements propres. Samedi: gendarmerie fermée. J’appelle la gendarmerie de garde: personne n’est disponible pour venir… et le gendarme de me dire: “il n’est peut-être pas chez lui” !!!

J’hallucine une fois de plus… 2 femmes, dont une enceinte… et personne pour les accompagner au domicile d’un homme ayant déjà frappé sa femme à plusieurs reprises…

Je prends mon courage à deux mains, et téléphone à ce monsieur…. négociation… afin de m’assurer qu’il accepte notre venue et surtout notre départ avec les affaires de madame…. pas facile…

Pas trop rassurées, finalement, on se rend dans ce minuscule village… devant la maison, S ne veut pas sortir de la voiture: “j’ai peur“.

Tout en me disant: t’es folle ma fille, je me lance, frappe à la porte (dont les carreaux ont gardé les traces de la bagarre de la veille…), et tend la main à Monsieur… Devant mon sang-froid, Madame me suit… on entre… Monsieur s’excuse: “c’est un malentendu, elle a mauvais caractère vous savez…”. Je reste souriante et rappelle que Madame attend un bébé…

Nouvelle négociation pour obtenir les papiers de S et pour repartir…

Il est midi quand on quitte sa maison, et rejoint la mienne… S mange avec nous, pour le plus grand plaisir des filles…

Rendez-vous est pris à la gendarmerie pour porter plainte… car S, à force de discussions, se décide petit à petit que cette fois, il faut agir…

15H… gendarmerie de la ville d’à côté… Madame est entendue…

Le gendarme me demande qui je suis… “mon assistante sociale” répond-elle avant que j’ai eu le temps d’ouvrir la bouche….. Je demande alors si les gendarmes peuvent véhiculer la dame jusqu’au foyer… “non, on a pas de personnel“….. Je sais même pas pourquoi je pose la question….

40 minutes plus tard…. on prend le chemin de la “grande ville”…. S est soulagée, elle a vidé son sac… tout dit, tout ce qu’elle subit depuis des mois… et elle se rend compte qu’elle ne peut pas rentrer… du moins pas pour l’instant….

Arrivées au centre d’hébergement, elle insiste pour que je l’accompagne… je vais aller jusqu’au bout…. maintenant… elle veut me montrer ce lieu de vie… comme pour se rassurer, car finalement, c’est pas si mal, calme, propre, et entouré…

L’éducatrice de garde me demande qui je suis…. “une voisine“, je réponds… “c’est une assistante sociale“, dit S. J’explique que j’ai agis en tant que citoyenne… L’éducatrice est réjouie: “vous n’auriez pas été là, elle n’aurait jamais fait la démarche, c’est la troisième fois qu’elle vient. En plus une AS… vous êtes bénie !!”.

S peut rester dans cet endroit autant qu’elle veut.. des démarches pourront être entreprises pour l’aider… “appelez lundi, on vous donnera de ses nouvelles“: conclut-elle…

J’accompagne S dans sa chambre… elle est fatiguée.. elle me prend dans ses bras et m’embrasse…. “sans vous…………………..je ne sais pas comment vous remercier…”

Ses paroles et son sourire suffisent….

Publié dans: on mai 4, 2008 at 6:37 Commentaires (10)

Mes débuts… une rencontre…

Commencer professionnellement n’est jamais chose facile…

Après deux ans de fac et trois ans d’école Supérieure, j’obtenais mon diplôme d’AS… Mariage, préparation de l’équivalence de mon diplôme Belge, petits boulots et recherche active d’emploi….

Me voilà, 2 mois après l’obtention de mon dernier examen, propulsée dans le monde du travail…

Première expérience… premiers stress…. premières rencontres…

Je débarque dans l’établissement fuis par tous…. moi, toute jeune, avec un secteur de fou, tant en difficulté qu’en charge de travail…: 2 collèges en zone sensible, un lycée, et un Lycée professionnel….

Aucune formation préalable, une présentation rapide des lieux, me voilà AS, dans un bahut énorme, avec un bureau dont la déco mettrait le bourdon au plus joyeux (avec en prime visite de chauves souris)… et des situations dès les premiers jours invraisemblables.

Mais là, me sentant seule au monde, perdue, submergée de boulot, j’ai été accueillie, soutenue, aimée, aidée, par un petit bout de femme… au prénom rare et précieux !! (il n’y en a qu’une !!!)

Du haut de ses 1m50 (je crois…), elle est devenue ma deuxième maman.

Un sourire qui a su apaiser toutes mes craintes, une présence de chaque instant, une écoute bienfaisante, … sans elle je ne sais pas si j’aurai su tenir face à toutes les épreuves rencontrées…

Je fais un métier où on encaisse tant la souffrance des autres, à longueur de journées… que si on n’a pas à ses côtés de telles amies chaque jour… jamais on ne pourrait tenir… jamais...

Sans elle et la bande de copines, le boulot sera bien fade…. nos poses thés-petites douceurs chocolatées-discussions qui nous permettent d’évacuer toutes les tensions accumulées, me manqueraient atrocement…

Alors même si le boulot dans ce coin du département est particulièrement difficile, les amitiés liées y sont si réconfortantes que je suis prête à tout affronter, tant que je ne les quitte pas, les copines…. et ça fait 8 ans que ça dure…..

Notre mère planète…

Fin des vacances…

Le temps de reprendre le chemin du boulot est arrivé…

finalement 2 semaines de vacances, ça passe vite…

pas le temps de s’ennuyer !!

Il faut que je me remette en condition,

car les vacances, c’est du repos pour l’esprit, mais aussi pour le physique !!

Je vais devoir quitter mes pantalons et pulls cools,

et retrouver mes habits “de travail”…

…jupes et chemisier quand j’ai réunion…. sinon jeans et petits hauts…

Je reprends le fer à lisser…

2 semaines de chignons,

mes cheveux sont un vrai tourbillon !!

ça va pas être facile de redonner forme à tout cela !!

Le maquillage… léger , crèmes, parfum…

Je remets ma panoplie de femme….

Le boulot, ça a du bon, ça me force à m’occuper de moi !!!

“C’est bien de se laisser aller. A CONDITION QU’ON FINISSE PAR EN REVENIR.” Mike Jagger

Publié dans: on avril 21, 2008 at 7:34 Commentaires (10)

Génération Goldman…

Né en 17 à leidenstadt

Aujourd’hui, du Goldman, pour faire plaisir à ma grande sœur, Nini... fan depuis… toujours !!

Je n’ai jamais eu autant de mal et mis autant de temps pour choisir une vidéo..;tant il y en a !!

Bien sur, je les connais toutes, moi-même étant de la génération Goldman

Alors je me suis décidée finalement pour celle-ci…: pour le piano, car Nini, comme moi, pianote !!

pour la période “Fredericks, Goldman et Jones“, qui est une de mes préferées…

et pour le clip et la morale de cette chanson:

remise en question et tolérance:

On saura jamais c’qu’on a vraiment dans nos ventres
Caché derrière nos apparences
L’âme d’un brave ou d’un complice ou d’un bourreau?
Ou le pire ou plus beau ?
Serions-nous de ceux qui résistent ou bien les moutons d’un troupeau
S’il fallait plus que des mots ?

Et qu’on nous épargne à toi et moi si possible très longtemps
D’avoir à choisir un camp”

Happy Birthday Nini !!

Ca vaut bien un article….

VOICI LES BONS CONSEILS du Dalaî Lama POUR MENER NOTRE VIE :

1. Tenez compte du fait que le grand amour et les grandes réussites impliquent de grands risques.

2. Lorsque vous perdez, ne perdez pas la leçon.

3. Suivez les trois R : Respect de soi-même, Respect des autres, Responsabilité de tous vos actes.

4. Souvenez vous que ne pas obtenir ce que vous voulez est parfois un merveilleux coup de chance.

5. Apprenez les règles pour savoir comment les transgresser correctement.

6. Ne laissez pas une petite dispute meurtrir une grande amitié.

7. Lorsque vous réalisez que vous avez commis une erreur, prenez immédiatement des mesures pour la corriger.

8. Passez un peu de temps seul chaque jour.

9. Ouvrez vos bras au changement, mais ne laissez pas s’envoler vos valeurs.

10. Rappelez vous que le silence est parfois la meilleure des réponses.

11. Vivez votre vie d’une façon bonne et honorable. Ainsi, lorsque vous vieillirez et que vous regarderez en arrière, vous en profiterez une deuxième fois.

12. Un foyer aimant est la fondation de votre vie.

13. Dans les désaccords que vous avez avec ceux que vous aimez, ne
vous occupez que de la situation actuelle. Ne réveillez pas le passé.

14. Partagez votre savoir. C’est une manière d’atteindre l’immortalité.

15. Soyez tendre avec la terre.

16. Une fois par an, allez quelque part où vous n’êtes jamais allé
auparavant.

17. Souvenez-vous que la meilleure des relations est celle dans laquelle l’amour que chacun porte à l’autre dépasse le besoin que vous avez de l’autre.

18. Jugez vos succès d’après ce que vous avez dû sacrifier pour les obtenir.

19. Approchez l’amour et la cuisine avec un abandon insouciant.

Publié dans: on avril 14, 2008 at 8:14 Commentaires (9)

Hommage à la Non-Violence…

Le célèbre discours de Martin Luther King, assassiné il y a 40 ans…

Publié dans: on avril 6, 2008 at 9:56 Commentaires (6)

Histoire d’une rencontre avec une “femme-enfant”…

8 mars… journée internationale de la femme… comme si on était une espèce en voie de disparition !!!

Je profite tout de même du thème pour vous raconter une rencontre des plus enrichissantes de ma courte carrière… rencontre avec une jeune fille… femme par obligation… bien malgré elle.

Dès ma première année de travail, je l’ai rencontré. Ensuite, c’est cinq années de rencontres incéssantes…

C’est une jeune fille exceptionnelle de force, courage, d’amour, de dévouement qui pousse un jour la porte de mon bureau. C’est un large sourire, des cheveux hirsutes, un débit de paroles impressionnant, décousu, mais si sincère et si attachant. C’est A, avec son joli prénom de guerrière qui me court après dans les couloirs en criant haut et fort mon nom, qui me téléphone régulièrement quant elle n’est pas à l’école, qui rit à tue tête et met de la gaieté sur son passage..

Si attachante, si vivante, si gaie… Pourtant… et oui pourtant…. ou va-telle puiser toute cette force, ma chère A, debout tous les jours à 5 heures du matin, couchée vers minuit… Il y en a des choses à faire dans une famille nombreuse. Le ménage, les repas, lever les petits, les habiller, les faire manger, les laver, les endormir… et une fois tout ça fait relire ses leçons et faire ses devoirs… sans réveiller tout ce petit monde.

Quel âge a-telle ? 14 ans à notre première rencontre…. et elle gère tout, toute seule. Les frères ainés sont en faculté… des garçons… la soeur ainée travaille déjà, tout en continuant sa formation. Et elle A, s’occupe de tout. La maman est en mauvaise santé, et retourne bien souvent “au pays” pour rejoindre le papa. Alors A est maman, femme, enfant, élève, et soeur… Tout ça à la fois… dans la joie et la bonne humeur…. 

…un petit bout de femme qu’on ne peut oublier…

Au lycée, c’est dur, elle fait des malaises régulièrement… elle est tellement fatiguée… pas le temps de dormir, pas le temps de manger… alors on l’aide, on lui tient la main, on la prend dans nos bras, on l’écoute et la soutient.

Et oui on tente de l’aider, mais comme on peut, pas facile de mettre notre nez dans un monde de religion et de coutumes…

Un jour elle craque…. son père agé et fatigué veut la ramener au pays pour qu’elle l’aide. A pleure, a peur, ne veut pas…aller dans ce pays qui n’est pas le sien, qui n’est pour elle qu’un lieu de vacances. Toute sa famille fait pression sur elle, les frères sont violents… il faut que quelqu’un se sacrifie, et ce sera elle… encore elle

J’essaye alors de faire tout un travail avec elle, lui prouver que sa vie a de la valeur, qu’elle existe tout simplement, et qu’elle a des droits, en tant qu’enfant et citoyenne. On écrit une lettre au juge pour enfants… avec ses mots à elle, ses craintes, ses envies. La juge s’en saisit aussitot et un éducateur est chargé d’aider A à se démarquer de sa famille. Ca sera bref, A a ses 18 ans… elle est considérée comme adulte…

Après une rencontre avec la maman et la soeur, on convient que A doit venir à l’internat, pour mettre toutes les chances de son coté pour obtenir son examen. Tout le monde accepte. A va pouvoir se reposer, se détacher, et travailler ses cours… comme les autres…

C’est ce qu’on a cru… Mais ça n’a pas duré… 3 semaines tout au plus. A ne peut plus… elle décompense complétement, devient limite agressive !! Elle se fait énormément de soucis pour ses petits frères et soeurs. Elle leur manque, et ils lui manquent. Chaque départ est un déchirement… plus qu’un amour fraternel, c’est un amour maternel qui les lient, d’ailleurs, les 2 petits l’appellent “maman”…

Alors on retourne à la case départ. A ne veut pas qu’on intervienne dans sa famille, c’est trop risqué pour elle. Elle me confie son passeport… au cas où… Elle vit dans les reproches de ses frères et soeurs et dans le chantage de ses parents: “si tu ne pars pas, on divorce…”

C’est trop pour elle… trop de culpabilité, de fatigue, de souffrances… Le BEP est raté… elle n’en a pas les capacités, malgré tous ses efforts… encore un échec… encore des entretiens de pleurs et sanglots… où je vous avoue qu’il m’est souvent bien dur de ne pas craquer… Mais A est forte malgré tout, et elle arrive à rester ferme et dire “non” à ce projet de départ pour elle… Elle dit non à toute sa famille… pour son pays !! et pour sa liberté….

 

A rate son CAP… Que lui reste t-il. ? Le mariage… elle qui n’a jamais pensé à l’amour un seul instant… Quand aurait-elle eu le temps ?  

Elle est femme maintenant… passée de “enfant-femme”, à “femme-enfant” sans s’en être rendue compte.

Elle va se fiancer… à son cousin qui habite au pays. Elle le connait bien, ami de jeu quand elle y allait en vacances. Depuis l’annonce officielle, ils se téléphonent. Elle sait que ça va lui servir à venir en France… le reste elle ne réalise pas.

Pourtant comble du comble, cette mère à qui elle s’est substituée pendant tant d’années, se voit obligée de vérifier elle-même qu’elle est encore bien jeune fille… Ma pauvre A, quelle honte tu as subis ce jour, quelle souffrance physique et psychologique… Comme si cette enfance et adolescence d’adulte n’avait pas suffit….

Dur de trouver les mots dans de telles circonstances pour réconforter… J’ai soutenu comme j’ai pu, tenu la main, enveloppé de chaudes paroles et de doux regards…..

Je me suis révoltée aussi… mais le poids des coutumes a eu le dessus…

A ne veut rien dénoncer… Elle va continuer sa vie comme elle l’a commencé, en s’occupant des siens au détriment d’elle même… Petite femme courage….

Publié dans: on mars 8, 2008 at 1:05 Commentaires (9)

Histoire d’une rencontre… avec un ado… sans papiers ….

Envie de partager une jolie histoire. Une histoire qui est pour moi une grande fierté, fierté de rencontrer des jeunes si méritant et fierté de pouvoir les aider à franchir des étapes de leur vie bien difficiles.

D. a 16 ans lors de notre première rencontre. Certains de ces professeurs s’inquiètent du passage futur de l’épreuve du CAP car D n’a pas de quoi justifier son identité.

D est jeune, méfiant, sur la défensive, et je mets plusieurs mois à rentrer en confiance.

La confiance installée, D se livre… son histoire est banale, mais si douloureuse !!! En parler le libère, et il va y prendre gout !! Il ne se passe pas une semaine sans que D pousse la porte de mon bureau, soit avec un large sourire, soit avec la détresse et la peur dans le regard.

D est arrivée en France à 14 ans, caché derrière les sièges dans la voiture de son beau-frère. Ses parents ont voulu prendre le risque pour lui, leur plus jeune fils. La France est synonyme d’une vie meilleure. D s’installe alors chez sa sœur et son beau-frère, avec ses cousins et cousines. Son beau-frère est un homme autoritaire, qui malmène verbalement D. D supporte pour ses parents car il ne veut pas les décevoir.

Sa seule échappatoire est alors l’école. D apprend très rapidement le français, il lit des tas de livres, écrit des articles. Il est doué et intelligent.

Son beau-frère entame des démarches afin d’obtenir des papiers pour lui. La réponse ne se fait pas attendre. D n’est pas légalement sur le territoire français. Il doit être ramené à la frontière.

Etant mineur, il n’a rien à craindre d’une reconduite à la frontière forcée, tant qu’il ne commet pas de délit. Mais sa majorité approchant, l’angoisse monte.

Entre D et moi, une grande complicité est apparue. C’est un garçon charmant, bon, intelligent d’une force de caractère exemplaire. Il donne régulièrement des leçons à ses camarades qui ne travaillent pas et ne sont pas sérieux, en leur expliquant la chance qu’ils ont d’être dans un pays comme le notre, d’avoir accès à l’éducation et la culture.

D me confie ses espoirs, ses craintes, ses projets. Travaillant excellemment bien à l’école, il est apprécié de tous. Sa rapidité d’intégration est exemplaire. Il devient le protégé de son maitre de stage, qui l’aide et lui permet de travailler les week-ends et les vacances afin de l’éloigner de sa famille.

Les 18 ans arrivent. D est au plus mal. Il ne veut pas que j’entame des démarches afin de demander la régularisation de sa situation administrative. Deux mois après, il se décide: il ne veut pas continuer à vivre dans la crainte. On sait alors que c’est quitte ou double, mais vivre dans l’illégalité n’est plus envisageable pour lui.

La procédure est lancée, je monte un dossier, auquel je joins des témoignages de professeurs, une promesse d’embauche de son maitre de stage, et un rapport social comme jamais je n’avais écrit. Sincèrement, j’y ai mis “toutes mes tripes”. Et quand D l’a lu, il était ému, et j’ai failli pleurer. Beaucoup d’émotions….

J’ai voulu faire passer ce dossier par le biais du chef d’établissement, afin de l’appuyer. Celui-ci a refusé: “je n’ai pas à prendre position”, m’a-t-il répondu !! Merci encore….

Allant au culot, j’ai alors demandé à mon Big Boss, ami du préfet. Celui-ci a accepté aussitôt, a appuyé mon dossier et l’a directement envoyé de ses services. MERCI.

Quelques mois plus tard, D recevait sa réponse: il allait obtenir une carte de résident. Cela signifiait tellement pour lui… non seulement il se sentait chez lui, en France, ce pays qu’il admire, mais en plus, il allait pouvoir retourner voir ses parents, qu’il n’avait pas vu depuis 4 ans.

A Noël, D est allé voir sa famille. Il m’a ramené un présent: des jolies babouches en cuir pour ma petite fille. Je ne dois pas accepter de présent dans le cadre professionnel, mais là, refuser aurait été injuste envers lui. Il se sentait redevable, bien que tout ce qu’il a obtenu, c’est avant tout grâce à lui et sa personnalité exceptionnelle. Et plus qu’un présent, c’est un superbe souvenir d’une jolie histoire.

Il a obtenu son BEP quelques mois plus tard.

Maintenant il travaille au soleil, et chaque jour une petite pensée s’envole vers lui.

(Que je suis heureuse d’avoir pu t’aider… Tes SMS où tu me dit que tu ne m’oublieras jamais me vont droit au cœur, et sache que c’est réciproque.)

C’est un honneur de pouvoir rencontrer des jeunes comme ça, plein d’humilité, de tolérance et d’espoir, …d’espoir en ce pays qui est le notre, et qui malheureusement aujourd’hui n’est plus une terre d’accueil.

Ces jeunes ont tant à nous apprendre et à nous donner, leurs sourires et leur force d’âme sont une chance pour notre pays.

Publié dans: on février 19, 2008 at 1:15 Commentaires (8)