Gout amer…

Les Ardennes… petit département, qui se dépeuple, se desertifie…

Mon collège, petit collège, un des seuls où la population augmente…

Qui sont ces enfants qui viennent repeupler nos classes ??

De jeunes néo-arrivants, c’est à dire, des enfants nouvellement arrivés sur le territoire français. Une trentaine cette année…. suite à des regroupement familiaux, ou suite à des asiles politiques…

Pas facile pour ces enfants de s’intégrer…. Ils ne parlent pas la langue, vivent parfois dans de situations très précaires. Les familles hébergées dans des centres d’accueil ADOMA sont “en transit”. Soit elles seront reconnues dans leur demande d’asile et pourront alors être relogées ailleurs dans des conditions “normales”, soit elles seront déboutées et seront alors expulsées…

Voilà la situation… On scolarise des enfants, ces enfants apprennent la langue, s’intègrent, se projettent dans l’avenir comme leurs camarades, avec le risque qu’un jour, ils retournent dans leur pays…

Qu’est-ce qu’un demandeur d’asile politique debouté dans sa demande ??

Exemple d’une famille revinoise:

“Cinq prises, dont trois jeunes, à Revin
Mardi 28 août, 7 heures du matin, une armada de policiers sort de cinq voitures devant le CADA de Revin, dans les Ardennes. Toute la famille I, le père, la mère, le fils, 20 ans, les trois filles, 16 ans, 14 ans, et 11 ans sont embarqués et placés en rétention (sauf V, libéré pour vice de forme dans la procédure).
Bien que Kosovar M. I a pris parti pour les Serbes pendant la guerre de 1998- 1999… un choix par la suite durement payé par toute la famille, enfants compris. En 2005, ils s’enfuient et demandent l’asile en France. Refusé. Croyant aux assurances des autorités françaises selon lesquelles le Kosovo serait redevenu sûr, ils acceptent l’aide au retour en avril 2006. Mais dès leur arrivée, ils sont considérés comme des espions et sont de nouveau harcelés. V est agressé et passé à tabac. H subit trois agressions graves. M. I est laissé pour mort le 15 novembre 2006. Après trois semaines d’hospitalisation, il est placé en hôpital psychiatrique. Sa femme et ses quatre enfants fuient de nouveau en France en décembre 2006, suivis par le père dès sa sortie d’hôpital en avril 2007.
Toute la famille sera expulsée le 12 septembre 2007. _ (http://www.educationsansfrontieres….)”

Deux collégiennes ont donc été arrachées à une scolarisation et une socialisation épanouie…

Depuis quelques jours, une élève vivant en France depuis 6 ans, tête de classe, grande réussite pour notre collège, risque d’être expulsée du territoire. Son père, à qui on a retiré sa carte d’identité française obtenue 18 ans auparavant, sa mère, son frère scolarisé en CM1 et sa petite sœur, une adorable pitchoun de 3 ans le seront aussi…

Toutes les démarches entreprises ont été vaines…

Je suis Assistante sociale… ma première mission est la protection de l’enfance.

Je dois intervenir quand un enfant est en danger, ou en risque, c’est à dire s’il risque ou subit de la maltraitance physique, sexuelle et psychologique.

l’État me demande d’agir en ce sens…

Expulser des enfants, des adolescents, intégrés scolairement et socialement n’est-ce pas de la maltraitance psychologique ?

Cette jeune collégienne, depuis un an, voit sa situation sociale se dégrader; plus de possibilité pour son père de travailler, plus aucune aide de la CAF, plus de sécurité sociale, plus de ressources,

elle voit ses parents se soucier de leur avenir à eux tous !!

Comment ne peut-elle pas souffrir de cette situation, elle qui depuis 6 ans a appris notre langue parfaitement, s’est intégrée au mieux dans sa ville et son collège, travaille tellement pour l’école qu’elle est première de classe dans toutes les matières !!??

Et aujourd’hui, l’État français leur dit de faire leur valises et quitter le territoire…

Je suis triste, indignée, découragée… surtout aujourd’hui… j’ai encore sur la joue le gout sucré des bisous de la petite pitchoun de 3 ans…. belle comme un cœur, et dans ma mémoire son regard pétillant. Pitchoun née dans notre pays, étant de nationalité française jusqu’il y a quelques mois…..

3 ans…. française puis “sans papiers”…. 3 ans, parle notre langue, pas celle de ses parents,

n’a jamais mis un pied en dehors de ce pays qui la rejète….. pays des droits de l’Homme

Oui: on parle d’Hommes, d’être humains, d’enfants, et non pas de dossiers, papiers, chiffres à faire…

N’oublions pas que chaque enfant est une richesse….. une richesse pour notre pays…

Une pétition est en ligne, pour les personnes sensibles à la souffrance de ces enfants…,

pour un dernier espoir… :

signez: protégeons ces enfants, nos enfants!!

J’ai fait un rêve…. Ce fut comme l’aube joyeuse qui mettrait fin à la longue nuit de leur captivité…

Martin Luther King

Publié dans: on juillet 1, 2008 at 9:02 Commentaires (8)

Urgence….??

Après-midi de fou…. situation d’urgence.

Je suis censée régler le problème de toute une vie de famille en quelques heures…. et comme toujours dans ces situations… je n’arrive à joindre personne… !!

L’éduc qui s’occupe de l’enfant est injoignable…. Le service auquel il est rattaché ne me rappelle pas, malgré ma demande de parler à un responsable, pour cause d’urgence.

Ma chère chef ne répond pas.

La juge pour enfants est occupée…..

Le père ne répond pas…

Situation d’urgence, et je suis seule avec cet enfant et ce téléphone si inutile….

Mon tête est prête à exploser… le stress, l’énervement et la fatigue …. mélange douloureux….

De 13h30, je dois attendre 17 heures pour qu’enfin la situation évolue….

La juge, là où je vois une situation d’urgence et de danger, ne voit qu’un souci solutionnable par une petite médiation. Elle me dit qu’elle sait………. elle a le dossier devant elle.

Moi c’est l’enfant que j’ai devant moi, cet enfant qui me dit refuser de rentrer chez lui….

et ce chez lui je le connais… trop bien….

Mais la juge est la juge, et je ne suis qu’AS…

Alors je continue mes coups de fils…. et je fais ce que la juge m’a dit de faire….

L’enfant m’en veut… ne comprend pas pourquoi je le ramène chez lui, pleure, crie,

me repousse même lorsque je frappe à la porte.

Alors je tente ma médiation…; je tente de faire abstraction de ce que je vois, de ce que j’entends,

mais mon esprit d’AS et mon cœur de maman est prêt à défaillir…..

Je trouve une faille…. et vite je m’y engouffre….

Il ne restera pas chez lui ce soir, je le dépose chez une amie avec l’accord des parents…..

Enfin je revois son sourire, enfin je sens la pression redescendre…

Il est 19H30… je rentre…. serre bien fort mes princesses…

qu’il est bon d’être une maman fusionnelle…….

Publié dans: on juin 18, 2008 at 8:01 Commentaires (14)

Pupille…

Parcours de début de vie:

Un enfant nait…. contrairement à la majorité des enfants, ce petit être n’est pas laissé à sa maman. Il va être confié à une famille, une “famille d’accueil“. Ces personnes ont à leur charge ce bébé, ils doivent subvenir à ses besoins, ont été formé pour ça et sont payés pour ça.

Cet enfant grandit dans cette famille, s’épanouit. Un lien est gardé avec sa maman. Il la voit plus où moins régulièrement, chez elle ou dans un lieu neutre.

Bien qu’il appelle sa famille d’accueil “maman et papa”, il aime voir sa mère, crée des liens d’amour avec elle.

L’enfant trouve un équilibre, se structure avec cette petite différence, mais l’essentiel est qu’il n’en souffre pas. Il est trop petit encore pour réaliser ce que tout cela signifie, et il est habitué à sa vie comme cela.

L’enfant grandit, approche l’adolescence... Des questions germent dans son esprit… c’est normal….. cette envie de savoir POURQUOI.

Un jour, à l’approche de ces 11 ans, on explique à ce jeune garçon, que sa maman n’est plus responsable de lui: ses droits parentaux lui ont été retirés, par un juge, suite à une condamnation pénale.

Chose rarissime

Du jour au lendemain, il devient Pupille de la Nation. Il n’a rien fait, et il passe d’enfant placé en famille d’accueil avec visite à sa maman, à pupille de la Nation; et on lui demande, du haut de ses 11 ans, de tirer un trait sur sa maman… de comprendre que cette dame n’est plus sa maman. Il n’a plus de parent.

Lui qui vivait bien un équilibre fragile et compliqué, le voilà complètement destructuré par cette annonce. Des personnes, travailleurs sociaux travaillent avec lui la rupture du lien.

Débute les problèmes de comportement, à l’école, à la maison….. sa famille s’inquiète…. que faire pour l’aider ??

Comment un enfant entrant dans l’adolescence peut-il accepter qu’on lui dise un jour que sa maman ne l’est plus ? Même si ce n’est pas elle qui l’a elevé, le lien a quand même été maintenu tout au long de ces années.

Je trouve cela très cruel….. les enfants ont malheureusement toujours à payer des actes de leurs parents… c’est injuste, très injuste.

Quand je rencontre des enfants, je leur dis souvent que les problèmes de leurs parents ne les concernent pas. Effectivement, mais les conséquences de ces problèmes les touchent de plein fouet.

Tout adulte ayant des enfants devrait toujours penser à cela, car c’est très important…. si on ne veut pas leur faire du mal, si on veut les épargner.

Ce petit garçon va être admis dans un établissement de soins spécialisés pour les enfants ayant des troubles du comportement… drôle de façon de commencer sa vie…..de continuer sa vie.….

Publié dans: on juin 12, 2008 at 10:22 Commentaires (7)

absences…

une intervention psycho-socio-éducative au bénéfice d’enfants et adolescents en danger et en difficulté nécessite

un subtil mélange d’expérience, de maturité, de lucidité

ainsi qu’une indispensable dose d’optimisme et d’ouverture

vers un espoir de changement.”

Très jolie définition qui reprend l’essentiel

Pourtant…

Première fois en 8 ans d’expérience que je perds un peu de mon optimisme… que mon espoir d’amélioration et de changement s’effrite… face à une situation d’enfant en rupture scolaire.

Première fois en 8 ans que je ne parviens pas à faire revenir un enfant à l’école, et que je dois aboutir à un rapport social en direction des autorités judiciaires…

Enfant de 13 ans…. absent du collège, depuis… des mois et des mois…

Rien n’y fait, malgré les multiples interventions, malgré le travail de collaboration entre les différents services sociaux et l’intervention de personnel spécialisé à domicile.

Il est absent.

Il est chez lui…. une année scolaire sans aller à l’école, une année scolaire sans contact avec le monde enseignant, sans contact avec ce monde d’adultes et d’adolescents que constitue le collège…. sans socialisation

Que faire ? Que dire ? Quel espoir ?

Je ne sais plus.

Attendre, que la justice se positionne…. qu’elle décide quelle mesure pourra aider cet enfant et cette maman à retrouver un cadre normal, une vie de famille stabilisée.

Je me sens démunie et triste, car peu de solutions existent, mis à part une prise de conscience de la maman et de l’enfant sur l’importance de la scolarité…

Sensation d’échec

Publié dans: on juin 3, 2008 at 7:58 Commentaires (16)

Reflexion… choix…jamais facile…

Quelques jours pour faire un choix… professionnel.

Cela fera bientot 8 ans que je travaille… 8 ans que presque chaque année j’ai eu des changements dans mes secteurs d’interventions… en 6 ans: 4 collèges différents, et à chaque fois s’adapter…

L’année dernière, suite à un conflit avec une équipe de direction, du au fait de mon refus de cautionner de l’irrespect envers ma profession et envers les familles, j’ai voulu quitter mon job. J’avais trouvé autre chose, et m’étais préparée à partir. Le big boss a refusé mon départ et m’a proposé de quitter le lieu de discorde et de commencer autre chose.

Au bout d’un an, mon ancien poste me manque… et mon nouveau ne me satisfait pas.

A l’heure d’aujourd’hui, on me laisse une semaine de réflexion pour choisir: rester ou revenir…

On sait ce qu’on quitte, mais on ne sait pas ce qu’on retrouve

… alors RÉFLEXION

Dois-je risquer le retour, retrouver certes beaucoup de bonheur avec “les gamins”, mais risquer des moments difficiles avec certains adultes… ??

Dois-je rester dans ce poste où je me sens inutile… où l’étude de dossiers, de noms, de QI décortiqués me semblent tellement “administratif”, et contraire aux contacts humains pour lesquels j’ai choisis ce métier…

Le choix est difficile…

dois-je choisir l’ennui et la facilité….

ou le surbookage, les situations sociales extrêmes, et la complexité… ????

Publié dans: on mai 7, 2008 at 7:08 Commentaires (4)

Mes débuts… une rencontre…

Commencer professionnellement n’est jamais chose facile…

Après deux ans de fac et trois ans d’école Supérieure, j’obtenais mon diplôme d’AS… Mariage, préparation de l’équivalence de mon diplôme Belge, petits boulots et recherche active d’emploi….

Me voilà, 2 mois après l’obtention de mon dernier examen, propulsée dans le monde du travail…

Première expérience… premiers stress…. premières rencontres…

Je débarque dans l’établissement fuis par tous…. moi, toute jeune, avec un secteur de fou, tant en difficulté qu’en charge de travail…: 2 collèges en zone sensible, un lycée, et un Lycée professionnel….

Aucune formation préalable, une présentation rapide des lieux, me voilà AS, dans un bahut énorme, avec un bureau dont la déco mettrait le bourdon au plus joyeux (avec en prime visite de chauves souris)… et des situations dès les premiers jours invraisemblables.

Mais là, me sentant seule au monde, perdue, submergée de boulot, j’ai été accueillie, soutenue, aimée, aidée, par un petit bout de femme… au prénom rare et précieux !! (il n’y en a qu’une !!!)

Du haut de ses 1m50 (je crois…), elle est devenue ma deuxième maman.

Un sourire qui a su apaiser toutes mes craintes, une présence de chaque instant, une écoute bienfaisante, … sans elle je ne sais pas si j’aurai su tenir face à toutes les épreuves rencontrées…

Je fais un métier où on encaisse tant la souffrance des autres, à longueur de journées… que si on n’a pas à ses côtés de telles amies chaque jour… jamais on ne pourrait tenir… jamais...

Sans elle et la bande de copines, le boulot sera bien fade…. nos poses thés-petites douceurs chocolatées-discussions qui nous permettent d’évacuer toutes les tensions accumulées, me manqueraient atrocement…

Alors même si le boulot dans ce coin du département est particulièrement difficile, les amitiés liées y sont si réconfortantes que je suis prête à tout affronter, tant que je ne les quitte pas, les copines…. et ça fait 8 ans que ça dure…..

Vacances…. OUF….

ça y est, j’y suis…. en VACANCES.

2 semaines de “repos“… enfin plutôt 2 semaines loin de mon job !!

Je vais me lancer une fleur en disant que c’est vachement mérité !!

J’vous raconte pourquoi je dis ça…

Dans mon boulot, le travail avec les enfants,

les veilles de vacances nous promettent toujours des journées hyper surchargées,

et stressantes.

Pourquoi ?

Parce que les enfants sont énervés,

mais aussi que lorsqu’ils ne sont pas bien,

l’approche des vacances et donc de temps exclusivement à la maison les fait angoisser,

et parfois révéler

Et bien ça n’a pas manqué !!

Je m’étais pourtant préparé une journée plutôt cool,

avec essentiellement du travail collectif.

Mais on a su me trouver pour l’“urgence”

et du coup tout a été chamboulé !!

Donc: ne jamais rien prévoir !!

Quelle journée !!

L’urgence a abouti à la gendarmerie et à un signalement au Proc !!

Je m’en serai vraiment bien passé…

car c’est toujours super stressant de devoir en arriver à de telles démarches…

Bref, ça m’a pris une partie de la journée…

A côté de ça… des situations de mal-être avec idées de TS… pas drôle….

et puis j’ai vécu une expérience super…. comment dire…. FATIGANTE !!

Je me suis retrouvée SEULE face à une classe de plus de 20 gamins surexcités !!

Je suis pas prof, et encore moins formée à faire la discipline !!

On devait être 3 à la base, car parler prévention seule face à 20 gamins…

pas l’idéal et pas recommandé…

Ce qui me fait dire … ouf… heureusement que je ne suis pas prof ou instit !!

Je m’en suis quand même sortie on va dire…

en parlant de respect

en tapant dans les mains, en haussant la voix…

Je ne me suis pas fâchée…. ce n’est pas mon style…

Bref, on a fait connaissance pendant une demi-heure….

dans un brouhaha qui par instant était un peu trop… fort à mon gout !!!

Heureusement, mon IDE est venue me prêter main forte,

mais ces enfants aussi attachants qu’ils sont, sont aussi vraiment dans l’irrespect total entre eux…

insultes à tout va….

phénoménal !!

Je veux bien croire qu’ils soient fatigués quand ils rentrent chez eux le soir !!

Car moi je l’étais… et pour une fois… pas de net, juste mon lit !!

Publié dans: on avril 4, 2008 at 11:50 Commentaires (4)

Un peu de psycho: repérage / normalité…

 

• Serge Hefez • psychiatre

18/03/2008

“Des ados homos à repérer ?

L’enfer est parfois pavé de bonnes intentions. J’ai rencontré l’autre jour une infirmière scolaire tout à fait dévouée au bien-être de ses ouailles adolescentes, investie plus qu’une autre dans l’écoute et la prévention.

Très au fait de la diffusion préoccupante des comportements à risque et des tentatives de suicide chez les 16-25 ans, elle ne ménage pas ses efforts pour recevoir et informer.
Elle m’entend un jour parler à la radio des conduites suicidaires particulièrement alarmantes chez les jeunes homosexuels : ils ont, selon les études, trois à sept fois plus de risques de faire une tentative de suicide.

Comment repérer ces jeunes, me questionne-t-elle, afin de mieux les aider à surmonter ce passage difficile de l’adolescence ?
Cette demande innocente de «repérage» partant d’un si bon sentiment m’a pour le moins interloqué ! Identifier les ados homos, se mettre à leur écoute pour surmonter ce «douloureux problème» comme le disait en son temps l’inénarrable Ménie Grégoire… pourquoi pas leur mettre une étoile rose, me suis-je demandé.

Le raisonnement est pourtant limpide : ces ados se suicident, donc ils ont des problèmes, donc il faut les aider, donc il faut les localiser. Et il est tellement de notre temps : se focaliser sur les individus plutôt que sur les conditions environnementales qui induisent une problématique.
Si les ados homosexuels, ou ceux s’interrogeant sur leur orientation sexuelle, sont en souffrance, c’est que l’homophobie ambiante, le rejet, l’insulte, la ségrégation, la normopathie, l’adhésion aux stéréotypes battent leur plein à cette période où les adolescents sont en pleine construction identitaire. Un garçon complexé ou efféminé, une fille trop virile, vont subir de plein fouet des discriminations, même s’ils n’ont aucune attirance pour ceux de leur sexe.

Tant que l’Education nationale n’aura pas pris la mesure de l’ampleur du phénomène et permis aux associations compétentes de faire un travail de fond, non pas tant sur la question homosexuelle à proprement parler, que sur la violence que subissent tous les ados, hétéros ou homos, qui dévient par rapport aux stéréotypes de genre, les choses n’avanceront pas beaucoup. Les garçons qui rejettent certains critères de la virilité, les filles trop délurées, ou simplement ceux qui sont trop gros, trop pas habillés comme il faut, trop pas pareils comprendront.
C’est l’adhésion du groupe à la norme, la «normopathie» qui tue les adolescents homosexuels, pas leur orientation ou leurs particularités psychiques.

Depuis des années, l’Inter-LGBT invite les organisations syndicales du monde éducatif et étudiant, les associations de parents d’élèves, à se mobiliser pour lutter contre les discriminations. Jusqu’à présent, l’homophobie n’a été abordée que de manière allusive dans les circulaires officielles et les outils pédagogiques traitant de la sexualité, qui véhiculent en outre de nombreux préjugés.

Je souligne tout ceci parce que justement Roselyne Bachelot, ministre de la santé de la jeunesse et des sports, a présenté en conseil des ministres une série de mesures «visant à mieux protéger la santé des jeunes, principalement de 16 à 25 ans, et à répondre à leur besoin d’autonomie et de responsabilité».

Ce plan prévoit notamment :
- la lutte contre les pratiques addictives, avec entre autres la mise en cohérence de la législation actuelle sur la vente de boissons alcoolisées aux mineurs.
- des habitudes nutritionnelles plus équilibrées, en favorisant un environnement propice, notamment en matière de publicité, de bonnes pratiques autour des caisses des grandes surfaces, de restauration scolaire, de charte de qualité, en concertation avec les professionnels du secteur et les associations.
- la lutte contre l’anorexie, grâce à une charte qui sera prochainement signée avec les professionnels du secteur de l’image, au renforcement de la protection des mannequins en particulier mineurs par la médecine du travail et l’inspection du travail, ainsi qu’une interdiction de l’apologie de l’extrême maigreur et de l’anorexie dans les médias.
- une campagne «contraception 2008-2009» qui réponde aux besoins des jeunes non scolarisés dans les quartiers populaires.

Et enfin, justement, le «repérage» et la prévention de la crise suicidaire, «plus particulièrement chez les jeunes homosexuels».

Si l’on peut tout à fait se réjouir que cette problématique soit enfin reconnue, une vigilance s’impose sur les conditions de ce repérage.
Tous les ados passent à certains moments de leur trajectoire du rôle de bouc-émissaire à celui de bourreau, d’une place de rebelle à celle de gardien de la normalité ; tous subissent la violence de la norme et les contraintes du conformisme. C’est en les réunissant autour d’une lutte commune contre les discriminations liées à toute différence physique, raciale ou sexuelle que l’on pourra le mieux les mobiliser.

Blog Libération, le 18 mars 2008

Publié dans: on avril 2, 2008 at 8:59 Commentaires (2)

chouette, chouette, chouette (3)

Troisième séance avec les petits collégiens de “prévention des abus sexuels“,

dernière fois avec support vidéo…

Séance “éprouvante”. Celle-là, je l’ai bien préparée avant, car on entre dans le vif du sujet.

Pas facile mais intéressante, nécessaire et importante….

Trois scenettes, trois situations d’enfants abusés, par des proches, par la famille,

trois situation d’inceste

Le grand frère, le grand-père, le père….

difficile de leur dire que parfois les personnes qui doivent veiller sur eux,

les protéger et les aimer

peuvent parfois aussi leur faire du mal…

Je vois leurs yeux ronds… leurs “c’est pas possible”, “c’est pas normal”,

alors je dis l’horreur: “c’est dans la famille qu’il y a le plus d’enfants maltraités et abusés”.

Pas marrant et bien triste de devoir montrer cette face cachée de l’Homme

Mais il le faut, chaque enfant peut-être un jour ou l’autre victime,

alors l’informer de ce qu’il doit faire dans de telles situations est nécessaire….

l’informer qu’il existe des lois pour le protéger,

et des personnes pour l’écouter et l’aider

Ils retrouvent leur voix, posent des questions,

abordent l’Affaire du moment de notre Département, l’Affaire Fourniret…

Ils entendent, voient, par la TV des choses qu’ils ne comprennent pas toujours…

Alors on explique… on met des mots… sur l’horreur…sur l’inexplicable

Heureusement, ils gardent leur gaieté, ils chantent:

mon corps est un trésor, il vaut de l’or, j’ai des droits et des devoirs, j’ai la loi de mon côté…”

Ils restent sur leur faim lorsqu’on a terminé… ça leur a plu, ils en veulent plus, ils restent intéressés et souriant…. ouf !!

Publié dans: on mars 26, 2008 at 8:27 Commentaires (2)

CHOUETTE CHOUETTE CHOUETTE !!! 2

2ème séance aujourd’hui de Prévention des abus sexuels pour les petits du collège.
J’vous raconte !!
C’est la séance la plus animée… les présentations ont été faites, le sujet lancé,
les tabous sont tombés et la confiance s’installe.
Alors c’est parti pour rentrer dans le vif du sujet,
à l’aide des petites scenettes de la vidéo.
Aujourd’hui, c’est le jour du vocabulaire, histoire de voir leurs définitions de mots ultra importants.
Le premier est “exhibitionnisme” ils ne connaissent pas, mais dès la définition donnée, c’est parti pour un long
moment d’échanges: chacun a sa petite histoire à raconter, ça fuse dans tous les sens.
Et ce n’est pas tout, pour le mot “pédophile“, c’est encore pire !!
à croire qu’il y a un pédophile
à chaque coin de rue!
Je suis agréablement surprise car pour la première fois, l’amalgame n’est pas faite avec “homosexuel“, et ils définissent ce dernier mot simplement et sans tabou !!
Les mentalités évoluent, et c’est tant mieu !!
On aborde aussi les films X, les jeux vidéos et internet.
C’est fou comme ces enfants de 10-12 ans sont envahis par ce monde d’images et virtuel,
sans limite pour certains et sans inquiétudes non plus.
C’est une réalité, la TV et ses images violentes, les jeux vidéos meurtriers, et les rencontres via internet
sont au centre de la vie de tous ses petits…
Inquiétant
L’échange a été très fructueux, les enfants apprécient, parlent et parlent, … on a “du mal à en placer une”
tant ils ont de choses à dire, mais les freiner serait dommage.
Je crois que c’est une bonne occasion pour eux de se “lacher”.
Et super chouette, on en est qu’à la deuxième séance et ils connaissent déjà la chanson par cœur !!
et la fredonnent tout en gaité!!
Ca fait plaisir à voir…
(Va falloir qu’on se mette à la chorale Marie-lou !! )
Publié dans: on mars 19, 2008 at 12:54 Commentaires (6)