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Le handicap des enfants : sujet des plus difficiles.

novembre 4, 2009

Étudiante, lors de ma recherche de stage, j’ai été pour le première fois de ma vie exposée au handicap mental d’enfants. Je me suis présentée dans une structure accueillant de jeunes enfants handicapés mentaux lourds, et j’ai pris mes jambes à mon cou… Est-ce honteux de dire que cela m’effrayait, me retournait le cœur et que je me sentais incapable d’assumer une telle tache…?

L’image de l’enfant, cette “jolie tête blonde”, l’innocence, les rires, l’insouciance, le bonheur est totalement déformée face aux enfants handicapés mentaux… et même sans être mère, cette image me faisait violence.

Je me suis alors tournée vers les adultes psychotiques et ce fut une expérience extraordinaire qui m’a appris énormément !!

En tant que professionnelle, j’ai travaillé pendant 1 année dans des commissions évaluant les enfants pour leur futur orientation. Handicap physique, handicap mental, maladies graves, maladies psychiatriques, troubles du comportement, ou simple retard scolaire, j’ai vu passé des noms d’enfants à longueur de journées…

Rien que des dossiers, avec rapports médicaux et expertises psychiatriques, trop rarement rapports sociaux, mais je dois dire que cela était éprouvant de se dire que tant d’enfants n’entraient pas dans la norme pour être scolarisés en établissement ordinaire.

Je suis aussi allée plusieurs fois en visite à l’IME (Institut Médico Educatif), et à chaque fois, c’est bouleversée que j’en ressortais, tout en étant admirative du travail formidable effectué par les professionnels !

Récemment, j’ai reçu une maman et son fils de 7 ans. Et j’ai été si bouleversée, que l’image de l’enfant ne peut quitter mon esprit… Cet enfant a de graves troubles du comportement jamais réellement diagnostiqués à cause du refus des parents face au handicap. Madame me dit que son enfant dort bien, mange bien, n’a aucun souci face aux examens médicaux, a d’excellents résultats à sa prise de sang, donc qu’il n’est pas malade !

Effectivement, j’ai face à moi un grand gaillard de l’âge de ma fille, très mignon, respirant la pleine santé. Pourtant, il ne me faut qu’un quart de seconde pour me rendre compte qu’il y a “un problème“. Je comprends vite qu’il sagit d’A, le petit garçon de l’école primaire qui avait tant mobilisé d’énergie les années précédentes pour la communauté scolaire. Il faut savoir qui si les parents refusent l’orientation en établissement spécialisé préconisée par la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées), l’enfant reste scolarisé en milieu ordinaire. Voilà ce qui s’est passé pour ce petit élève : l’école a essayé de faire comprendre que sa scolarisation était impossible, pourtant, il est resté scolarisé, avec l’aide d’un AVS (assistant de vie scolaire). Sa dernière année s’est réduite à 2h par jour de scolarisation avec l’AVS tant ses difficultés augmentaient.

Finalement, en désespoir de cause, les parents ont décidé de faire confiance à l’école et à la MDPH, et ont accepté l’entrée en IME. Et là, après 15 jours de présence dans cet établissement, l’équipe est sure d’elle : cet enfant est dans un tel point de souffrance et de troubles comportementaux qu’il a besoin d’une hospitalisation d’urgence en hôpital psychiatrique !

J’ai donc devant moi cette maman désespérée par la situation… son enfant en bonne santé n’est pas fou !! Cette pauvre mère est complètement perdue, le handicap venant à peine d’être accepté, on lui parle maintenant de psychiatrie, avec tout ce que cela peut avoir comme connotations négatives… Je ne peux que la comprendre, et sa détresse me transperce…

Pourtant je ne peux faire abstraction de l’enfant, de l’expression de souffrance sur son visage et dans ses yeux, de son extrême agitation… En quelques minutes, il retourne tout, casse quelque chose et se blesse avec…

Je me sens incompétente, je me sens si mère à cet instant précis… Mais l’urgence est là !! J’explique la loi à Madame, son enfant ne peut pas rester à la maison, c’est impossible légalement, mais en plus, il nécessite une prise en charge rapide et appropriée… et les parents ne sont pas en capacité de gérer un tel état. Il lui faut des soins, alors que Madame répète qu’il est en bonne santé…!

La machine administrative est lourde et compliquée pour ces parents qui ne connaissent aucune notion de “maladie mentale légère ou sévère”, ou encore moins de “maladie psychiatrique” !

Accepter que son enfant est “handicapé”est déjà si difficile !! Mais ne pas comprendre pourquoi, même handicapé, il ne peut rester dans une structure spécialisée… et que le laisser à la maison est dangereux tant pour lui que pour son entourage…

Faire le deuil de la “normalité” de son enfant est douloureux et long…

On aime ses enfants, quel qu’ils soient… et les accepter différents ne veut pas dire les aimer moins…

A partir du moment où on choisit de travailler avec des enfants, on doit savoir qu’un jour ou l’autre on peut être confronté au handicap, et savoir le gerer dans l’instant est loin d’être facile…

L’essentiel est invisible pour les yeux.

16 commentaires

  1. Très intéressant ton article Fata et triste à la fois car combien d’enfants sont pris avec ces problèmes et des parents qui ne veulent pas les voir et reconnaître qu’il y a effectivement un problème… non pour eux s’ils sont en bonne santé « physique » il n’y a donc aucun problème !!! mais on oublie encore trop de nos jours la santé « mentale » qui a encore trop de préjugés. Et si l’enfant au départ n’obtient pas l’aide de ses parents qui nient le tout… comment peut-il s’en sortir dans un milieu où tout est difficile ou contre lui en partant avec les pairs… J’en ai vu, j’en connais et je trouve malheureux pour ces enfants ce qu’ils vivent.


    • Coucou Mimi
      oui le handicap mental fait peur, fait fuir, inquiète car il est plus difficilement explicable que le handicap physique…
      difficile pour les parents, les enfants, les professionnels..;
      Bises et bon WE :)


  2. Dur sujet que celui-çi ma Fata…
    Je ne sais pas ce quelle serait la pire situation pour ma part face à cette annonce d’un handicap qui toucherait mon tout petit.
    Entre l’apprendre dès ses 1ers jours de vie ou bien plus tard qd rien ne laissait préjugeait d’un tel verdict… non vraiment, pas évident pour ces familles…
    Accepterais-je égalmt de voir cette réalité si probante aux yeux des spécialistes ??
    En tous les cas, pour passer de tps a autres des personnes jeunes ou adultes handicapés, accompagnés de leur éducateurs, je me dit que pour chacun d’entre eux rien ne doit être évident au quotidien !
    Que te dire d’autres après cette longue “analyse” si ce n’est : courage et lucidité ds tes choix pour ce petit bonhomme avant tout !
    Bisous ma FatA


    • coucou ma Ninie
      personne n’aimerait être dans cette situation, et on ne peut savoir quelle serait notre réaction… c’est si difficile…
      Je tire aussi mon chapeau aux professionnels pour leurs compétences et leur patience !
      Bisous ma cop’s :)


  3. Un sujet difficile et tu fais fort bien d’en parler ! j’ai vu dans le journal qu’il existe à présent un calendrier réalisé par des Handicapés avec de belles photos afin de sensibiliser le grand public sur leurs difficultés : le projet s’intitule cal’handis .

    belle soirée Fata !


    • Merci pour cette info Jean-Philippe !
      Bises :)


  4. Coucou Manu, et oui difficile sujet. C’est vrai que ce n’est pas évident pour les parents que d’ accepter cet état de fait. Mais il est vrai aussi que l’on a fait porter de grosses responsabilitées à certaines personnes de l’Ecole. Je pense que toutes les personnes qui s’occupaient de lui, même et surtout hors EN auraient du être plus précises avec les parents et ne pas attendre tout ce temps pour en arriver à celà. Celà me fait bondir, il faudrait parfois expliquer les choses plus modestement aux parents et ne pas faire croire tant des choses qui ne sont qu’illusions.Vaste débat : est ce qu’il faut dire clairement aux intéréssés la réalité des choses ou attendre le point de non retour ? Je pencherais pour la première solution mais la psychiatrie ne doit pas être de mon avis.
    Bon on pourra reprendre cette discussion quand on aura du temps pour échanger.
    Bon vendredi et bon WE.Bisous. Marie-Lou.


    • Hello Marie-Lou
      on est bien placé pour savoir comme il est délicat d’aborder certains sujets avec les parents : “votre enfant sent mauvais, votre enfant a un déficit, etc, etc….”. Il faut savoir trouver les mots les plus adéquats suivant la situation et le contexte, après analyse donc !
      Ici, on a en plus la barrière culturelle et de la langue, ce qui rend la tache encore plus difficile…
      Lundi matin je suis encore sur le pont…. Bon WE !! :)
      Bisous
      Bisous


  5. Bonjour Fata,
    Quel dur métier vous faites et quel courage pour affronter ce cas si difficile à affronter tant avec l’enfant ainsi que les parents. J’ai une nièce qui a
    un trisomique de 41 ans. Dès la naissance on l’a guidé
    et épaulé. Maintenant elle en est récompensée : son enfant travaille dans un CAT. Elle va régulièrement à l’IME. Son fardeau lui parait moins dure.
    Bien amicalement.


    • Bonsoir Eleina,
      je ne suis pas des plus habituées à affronter un public handicapé, mais cela arrive, et dans ces moments, il faut savoir être à la hauteur… pas évident !
      Il y a effectivement des structures bien adaptées à l’insertion des jeunes handicapés, même si elles me semblent insuffisantes…
      Bon We :)


  6. coucou fata

    un sujet très douloureux car le handicap de l’enfant est très dur pour les parents malgré tout leur amour .. Pourquoi ne pas pouvoir aider les parents à rester chez eux pour s’occuper le leur enfant plutot que de le placer au moins les parents feront tout le maximum pour leur enfant ..

    gros bisous fata


    • Coucou Marie thé
      Beaucoup de parents restent effectivement chez eux pour prendre en charge au mieux leur enfant, mais dans le cas de ce jeune garçon, il a prioritairement besoin de soins psychiatriques, ce que seuls des professionnels pourront lui donner.
      Je trouve très courageux ces parents qui lâchent toute vie professionnelle pour se consacrer à leur enfant et son handicap… cela doit être épuisant…

      Gros bisous Marie thé :)


  7. Coucou fata, très profond cet article.. Quand j’ai commencé à bosser dans un IME, j’ai eu un peu peur..peur de la différence, peur de savoir si j’allais réussir, si j’allais comprendre l’handicap et surtout si j’allais pouvoir apporter à ces jeunes, ce dont ils avaient besoin. Et en fait, je suis ressortie si riche das l’âme, après avoir encadrer pendant 7 mois ces enfants déficients mentaux et moteurs. je les croise parfois, en ville ou lors d’une action, ils me reconnaissent et leurs sourires m’émerveillent. On s’attache très vite à ces enfants, si sensibles et bcp plus intelligents qu’on ne pourrait le croire. Ce fut une expérience, que je souhaite renouveler, si l’avenir me le permet ;) Un boulot pas facile c’est sûr, avec ces inconvénients, mais on ne ressort pas sans rien dans le cœur. Tant de courage dans leurs yeux, malgré une vie de famille pas toujours facile pour eux. et j’admire bcp leur persévérance.
    Te souhaite un bon week douce fata! gros bisOo!


    • coucou Tooptoop,
      je me souviens effectivement de tes récits sur ton travail en IME, et ce projet radio !
      Sur qu’on apprend beaucoup de telles expériences, tant au niveau personnel que professionnel. Que tu ais su t’y investir et t’y sentir bien prouve que tu es faite pour un métier social…!
      Bisous Tooptoop :)


  8. Bonsoir Fata,

    Face au handicap des enfants, j’ai toujours eu un sentiment d’injustice.Je repense à chaque fois à cet article des droites de l’homme qui prétend que nous naissons tous égaux.
    J’ai deux beaux frères handicapés mentaux. Pas un handicap trop sévère, mais ils sont comme des gamins de 12 ans. Mes beaux parents ont tout fait pour eux en les acceptant et en les éduquant comme leurs 7 autres enfants, sauf qu’ils ont été scolarisés dans des établissements spécialisés. Aujourd’hui, quoique sous tutelle, ils travaillent,ils vivent libres et indépendants.
    Alors je pense à ceux qui ont un handicap physique ou moral plus sévère, cela doit être l’horreur.


    • Bonjour Ludo,
      c’est tellement bien que les personnes handicapés arrivent à s’insérer dans la société et dans le monde du travail… Je sais que ce n’est pas le cas pour tous, mais quand même pour une partie, et cela fait plaisir à lire, voir ou entendre…
      Petite note d’espoir dans ce monde…
      Bonne journée :)



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