Tendre la main : histoire d’une rencontre…
…HALLUCINANT…
Un samedi matin comme les autres… du soleil, les filles jouent dans le jardin, et je m’affaire au grand ménage profitant de ce grand calme…
Pas pour longtemps…: ma grande m’appelle: “maman, il y a une dame à la grille”… je sors, et effectivement, une dame me demande si c’est moi l’assistante sociale… une africaine, enceinte jusqu’aux yeux, l’air fatigué et effrayé.
J’aurai du lui dire: ” non “, je ne suis pas AS, je suis maman en week-end en train de nettoyer ma maison, pieds et mains dans l’eau…
Mais non, je lui dis d’entrer, et de me raconter… Elle sort de chez son médecin, qui lui a dit qu’une AS habitait dans le fond du village… il lui a fait un certificat médical car elle s’est fait battre par son mari cette nuit. Effectivement, je vois des traces de sang…
Son voisin l’a amené à 2 heures du matin en gendarmerie, et la gendarmerie, devant son refus de plainte, l’a emmené dans un Foyer d’hébergement.
Maintenant elle est là, à pied, déposée et laissée chez son médecin, à 20 km du foyer, sans papiers, sans argent avec des habits tachés de sang….
…..J’hallucine !!!
Je vais réveiller mon mari qui n’a dormi que quelques heures, et je lui laisse les filles pour m’occuper de cette jeune femme: S… en France depuis 10 mois, marié à cet homme depuis 14 mois, de 30 ans son ainé, enceinte de 7 mois, maman d’un petit garçon de 4 ans, encore au Cameroun…

Première étape, je l’emmène à la gendarmerie, afin de nous faire accompagner pour aller chez elle chercher ses papiers et des vêtements propres. Samedi: gendarmerie fermée. J’appelle la gendarmerie de garde: personne n’est disponible pour venir… et le gendarme de me dire: “il n’est peut-être pas chez lui” !!!
J’hallucine une fois de plus… 2 femmes, dont une enceinte… et personne pour les accompagner au domicile d’un homme ayant déjà frappé sa femme à plusieurs reprises…
Je prends mon courage à deux mains, et téléphone à ce monsieur…. négociation… afin de m’assurer qu’il accepte notre venue et surtout notre départ avec les affaires de madame…. pas facile…
Pas trop rassurées, finalement, on se rend dans ce minuscule village… devant la maison, S ne veut pas sortir de la voiture: “j’ai peur“.
Tout en me disant: “t’es folle ma fille“, je me lance, frappe à la porte (dont les carreaux ont gardé les traces de la bagarre de la veille…), et tend la main à Monsieur… Devant mon sang-froid, Madame me suit… on entre… Monsieur s’excuse: “c’est un malentendu, elle a mauvais caractère vous savez…”. Je reste souriante et rappelle que Madame attend un bébé…
Nouvelle négociation pour obtenir les papiers de S et pour repartir…
Il est midi quand on quitte sa maison, et rejoint la mienne… S mange avec nous, pour le plus grand plaisir des filles…
Rendez-vous est pris à la gendarmerie pour porter plainte… car S, à force de discussions, se décide petit à petit que cette fois, il faut agir…
15H… gendarmerie de la ville d’à côté… Madame est entendue…
Le gendarme me demande qui je suis… “mon assistante sociale” répond-elle avant que j’ai eu le temps d’ouvrir la bouche….. Je demande alors si les gendarmes peuvent véhiculer la dame jusqu’au foyer… “non, on a pas de personnel“….. Je sais même pas pourquoi je pose la question….
40 minutes plus tard…. on prend le chemin de la “grande ville”…. S est soulagée, elle a vidé son sac… tout dit, tout ce qu’elle subit depuis des mois… et elle se rend compte qu’elle ne peut pas rentrer… du moins pas pour l’instant….
Arrivées au centre d’hébergement, elle insiste pour que je l’accompagne… je vais aller jusqu’au bout…. maintenant… elle veut me montrer ce lieu de vie… comme pour se rassurer, car finalement, c’est pas si mal, calme, propre, et entouré…
L’éducatrice de garde me demande qui je suis…. “une voisine“, je réponds… “c’est une assistante sociale“, dit S. J’explique que j’ai agis en tant que citoyenne… L’éducatrice est réjouie: “vous n’auriez pas été là, elle n’aurait jamais fait la démarche, c’est la troisième fois qu’elle vient. En plus une AS… vous êtes bénie !!”.
S peut rester dans cet endroit autant qu’elle veut.. des démarches pourront être entreprises pour l’aider… “appelez lundi, on vous donnera de ses nouvelles“: conclut-elle…
J’accompagne S dans sa chambre… elle est fatiguée.. elle me prend dans ses bras et m’embrasse…. “sans vous…………………..je ne sais pas comment vous remercier…”
Ses paroles et son sourire suffisent….
