une journée de travail…

La journée commence par différents coups de téléphone à donner. Tout d’abord, je téléphone à une mère d’élève que je suis depuis plusieurs mois afin de lui expliquer ce qui été dit à la synthèse PJJ (Protection Judiciaire de la Jeunesse) à laquelle j’ai participé.

C’est très important car j’ai pu avoir lors de cette réunion les points de vue de l’éducatrice, de la psychologue, de la psychiatre et du directeur de la PJJ, et donner le mien. L’avenir de cet enfant est en jeu, et mon suivi de cinq mois a pu servir à la décision qui va être proposée au juge.

De plus, s’agissant d’une maman dépressive, garder le lien avec l’élève comme avec la famille est très important. Expliquer clairement ce qui est en train de se passer, et écouter les craintes de la maman est indispensable dans de telles situations, même si cela prend parfois une demi-heure à une heure de communication téléphonique.

Dans un établissement scolaire, quand l’élève vient de lui-même régulièrement chercher un soutien, une aide, des conseils, l’assistante sociale devient une personne privilégiée du fait de sa position stratégique. Elle a alors un rôle important à jouer quand d’autres intervenants sociaux entrent en jeu.

Ensuite, je prends contact avec un établissement scolaire dans la région parisienne, à le demande du proviseur adjoint, afin d’éclaircir un problème administratif. L’équipe de direction sait qu’elle peut faire appel à l’AS et qu’elle est un relai après des différentes administrations.

Puis une élève que je suis depuis peu viens me voir. C’est une néo arrivante qui a de grandes difficultés d’intégration dans l’établissement et le quartier. Elle désire retourner rapidement en Algérie, mais n’en a pas les moyens financiers. De ce point de vue, aucune aide ne peut être possible par l’établissement. Le RV que je lui ai pris auprès de mes collègues du Conseil Général s’est soldé par un échec. Il est prévu aujourd’hui que je fasse le relai avec l’association de quartier. Elle devait s’y rendre mercredi, mais n’a pas osé y aller seule. Je les appelle et nous convenons d’une rencontre sur le champ. J’emmène donc l’élève dans cette association afin qu’elle fasse connaissance avec les deux éducateurs. Le relai est fait, il est convenu d’un RV avec les frères et d’une sortie dans 2 semaines. La jeune fille s’est sentie aidée, soutenue, écoutée, même si on lui a bien expliqué qu’on ne pouvait accéder à sa demande pour diverses raisons.

La particularité d’un AS scolaire est aussi d’avoir une large marge de manœuvre et donc de pouvoir être disponible sur le champ quand la situation le requiert. Gérer soit-même son emploi du temps est une chance et un atout.

De retour sur mon lieu de travail, je descends à l’administration afin de prendre mon courrier et de rencontrer différentes personnes susceptibles de me donner des informations.

La matinée se termine. La jeune fille néo-arrivante revient, en pleurs, toute tremblante. Elle ne se sent pas bien, son frère refuse le RV proposé. Pendant un petit temps, la jeune fille se confie à moi, exprime sa douleur par des pleurs et des mots. Je la réconforte et comme elle me demande un calmant, je fais appel à ma collègue infirmière. Pendant ce temps, je rappelle l’association qui se propose de revoir la jeune avec la soeur ainée très rapidement.

Un véritable travail d’équipe médico social se fait pour un grand nombre d’élèves, dans le respect de nos spécificités et du secret professionnel.

Les élèves savent que le bureau de l’AS scolaire est un endroit confidentiel, neutre et de prise en charge rapide. C’est très encourageant de voir que les élèves y viennent quand ils sont à bout. Cela veut dire que notre place est faite, au moins pour l’usager.

L’après-midi de permanence commence par la visite d’une maman. Elle vient prendre des renseignements pour l’attribution d’aides financières pour la rentrée prochaine. L’AS reste la référente en ce qui concerne le fonds social. Derrière le travail administratif, le fonds social permet une prise de contact avec les familles ou les élèves.

Ensuite, entre un élève dont je suis la réferente pour son contrat jeune majeur. Un travail lourd de contacts et de recherche nous attend car son contrat se termine début septembre du fait de ses 21 ans. Nous devons donc prévoir rapidement un hébergement et des ressources.

Je suis référente de 3 contrats jeune majeur sur cet établissement. Le travail fait avec ces élèves demande beaucoup de démarches, d’entretiens dans et hors établissement, de visites à domicile. C’est un suivi très important à mes yeux car ces élèves, en rupture familiale ont un grand besoin de soutien, d’écoute et de disponibilité.

Partir d’un signalement enfance en danger et arriver à un contrat jeune majeur avec une scolarité réussie et un élève épanoui est une très grosse récompense du travail fourni.

Une collègue m’appelle pour répondre à des questions que je lui avais posé. Le lien avec les collègues est très important, aussi bien pour des questions précises que pour échanger sur des sujets plus vastes.

Il me parait inconcevable de traiter une situation sans demander avis et conseils auprès des collègues. Nous sommes une équipe d’AS et cela doit se traduire par des échanges, réflexion et travail en commun.

La journée se termine, comme presque tous les vendredi après-midi: une élève vient pour un entretien. Venue d’elle-même, elle a pris l’habitude de revenir tous les vendredis après ses cours pour un entretien d’une heure, une heure et demi, parfois même deux heures. Cette élève, au passé lourd, a trouvé en moi une interlocutrice autre que celles auxquelles elle est habituée: AS de secteur, éducatrices suivi de placement, psychologues et psychiatres.

A l’aube de ses 18 ans, un grand nombre de questions se posent, et les évoquer semblent la soulager. Elle semble trouver dans nos entretiens un espace de parole libre, aussi bien dans la durée que dans le contenu, ou, pour une fois, c’est elle qui dirige. Elle parle librement, de choses et d’autres, de petits bonheurs, comme ses flirts, à de grosses douleurs, comme son enfance. Pas de jugement, pas d’obligations, pas d’interdits. Juste une écoute et des conseils. Certains élèves, dont tout l’arsenal médico-psycho-judiciaire a déjà été mis en place ont malgré tout besoin de prendre des distances avec cette lourde prise en charge.

L’AS scolaire est bien neutre par rapport à tout ceci, et peut donc donner une autre écoute à l’enfant, tout en sachant que si cela s’avère nécessaire, le lien pourra être fait.

Il est très important pour moi que les élèves, les parents, et toutes les personnes avec qui on travaille sachent que nous sommes formés à l’écoute et que des entretiens sans nécessairement des démarches annexes peuvent exister.

Le besoin de parler existe chez de nombreux enfants, et s’ils se dirigent vers nous, c’est qu’ils ne trouvent pas ailleurs cette personne capable de les écouter.

L’écoute est pour moi l’axe le plus important de la profession d’AS. Il faut savoir prendre le temps d’écouter, et jamais je n’hésite à le prendre.

Voici l’exemple d’une journée de travail. Chaque journée est différente, peut varier d’un instant à l’autre, ce qui est très riche et intéressant, mais demande donc beaucoup de disponibilité, de mobilité et de flexibilité dans notre organisation.

Rapport d’activité de mai 2003

Publié dans: on mars 4, 2008 at 1:35 Commentaires (4)